← Retour au cours
📈

Comprendre le marché

CM 33hvendredi 16 oct. 2026 · 17h00–20h00

Savoir analyser un marché et son environnement pour répondre à deux questions : où jouer ? (quels marchés, quels segments, quelles opportunités) et comment gagner ? (quels atouts, quels choix). Délimiter un marché, lire l'environnement (PESTEL), mesurer la pression concurrentielle (Porter), regarder l'interne (chaîne de valeur, VRIO), synthétiser (SWOT) et ouvrir des scénarios (Ansoff, BCG) — avec des chiffres qui viennent de sources fiables, pas d'une IA.

Compétences visées

Où jouer, comment gagner
Deux questions pour toute la séance : où jouer ? comment gagner ?
Où jouer ? Sur quel marché aller, et lequel laisser aux autres ? Too Good To Go : les invendus des commerces de proximité, en ville Comment gagner ? Pourquoi un client nous choisirait-il plutôt qu'un concurrent ? Too Good To Go : un panier moins cher que sa valeur, réservé sur une appli

Une entreprise n'a ni l'argent ni le temps d'aller partout : avant d'agir, elle tranche deux questions.

Où jouer : sur quel marché aller, auprès de quels clients, et donc lesquels laisser aux autres.

Comment gagner : ce qui fera qu'un client la choisisse plutôt qu'un concurrent, sur ce marché-là.

Too Good To Go joue sur les invendus des commerces de proximité, en ville, et laisse de côté les industriels ; il gagne par un panier vendu moins cher que sa valeur, réservé sur une appli.

Ces deux questions sont le fil rouge de la séance, pas toute l'analyse : étudier un marché sert aussi à repérer les risques et à éviter une mauvaise décision.

Le marketing stratégique, pont entre les études et les décisions
Marketing le client : besoins, usages, tendances Stratégie l'entreprise : ressources, activités, avantage durable Marketing stratégique des choix qui engagent pour des années long terme : comprendre le marché, choisir (CM 3 à 5) court terme : le mix (CM 6)

Le marketing stratégique relie le marketing, qui part des besoins des clients, et la stratégie d'entreprise, qui fixe le cap : où mettre les ressources, sur quel avantage durable compter.

Il transforme l'information des études en choix structurants : quels marchés viser, où investir, contre qui se battre.

Ces choix engagent pour des années, quand le mix du CM 6 se corrige en quelques mois.

Walmart, entré en Allemagne en 1997 et reparti en 2006 (CM 2), montre ce que coûte un « où jouer » mal analysé.

Sept outils nés entre 1957 et 1995
1957 · Ansoff croissance années 1960 · SWOT synthèse 1967 · PEST environnement vers 1970 · BCG portefeuille 1979 · 5 forces de Porter secteur 1985 · chaîne de valeur activités 1991-1995 · VRIN, VRIO ressources 2026 l'externe (où jouer) l'interne (comment gagner) synthèse et choix
Date de naissance des sept outils de la séance — Sources : Wikipédia, matrice d'Ansoff, SWOT, PEST, matrice BCG, cinq forces de Porter, chaîne de valeur, VRIO

Les sept outils de la séance datent d'avant 2000 : le plus récent a plus de trente ans.

Ce sont des grilles de lecture, pas des recettes : elles disent où regarder, pas quoi décider.

Elles simplifient une réalité plus mouvante, et paraissent figées à côté des données en temps réel et des simulations que permet l'IA.

Elles restent incontournables parce que tout manager les connaît : en entreprise, elles lancent une discussion, elles ne la concluent pas.

Un outil sans conclusion n'est qu'un constat
Un café près d'un campus (exemple fictif)
À éviter : un constatÀ écrire : une décision
« Il n'y a que deux torréfacteurs en ville. »« Il n'y a que deux torréfacteurs en ville : le café signe avec les deux avant d'ouvrir, pour ne dépendre d'aucun. »
« Les étudiants ont un petit budget. »« Les étudiants ont un petit budget : le café n'ouvre qu'avec une formule à prix fixe, affichée en vitrine. »

Analyser un marché, c'est rassembler des faits : les concurrents, les prix, les tendances, les règles.

Un fait seul ne dit pas quoi faire : c'est un constat.

Chaque analyse se termine par une phrase du type « donc la marque doit… » ou « ce marché est attractif à condition que… ».

C'est le défaut le plus fréquent : des pages de faits justes, sans décision au bout.

Le QCM pose la même question : que faire dans cette situation, pas seulement quel mot la nomme.

Un SWOT écrit par une IA : le parallèle avec le vibe coding
Le vibe coding (CM 1)Le SWOT confié à une IA
Ce qui sortune appli qui tournequatre cases bien remplies
Ce qui manquesavoir pourquoi le code marchesavoir pourquoi chaque ligne est dans sa case
Quand ça casseau premier vrai clientà la première question : « donc, on fait quoi ? »

Une IA générative produit le texte le plus probable : elle écrit un SWOT plausible pour n'importe quelle marque, sans connaître la vôtre.

Le risque est celui du vibe coding : un résultat qui a l'air juste, produit sans être compris, que personne ne sait défendre ni corriger.

Rempli pour l'exercice, le SWOT n'est qu'un rite de passage scolaire ; il ne sert qu'à celui qui l'a construit.

À éviter : « Fais-moi le SWOT de Decathlon » ; à faire : écrire votre SWOT, puis demander à l'IA quelle ligne est mal classée.

L'IA sert alors d'assistant à la réflexion : elle conteste votre classement, vous décidez.

Délimiter le marché : trois cercles
Un marché : une offre, une demande, un besoin

Un marché n'est pas un lieu : c'est la rencontre d'une offre et d'une demande autour d'un même besoin.

La mémoire vive, vue en CM 1, en est le cas d'école : la demande des centres de données d'IA explose, l'offre de trois fabricants ne suit pas, les prix s'envolent.

Le besoin fixe la frontière du marché : deux produits sont sur le même marché dès que le client peut prendre l'un à la place de l'autre.

Le piège est de définir le marché par votre produit : vous ne voyez alors que les concurrents qui vous ressemblent.

Trois cercles : concurrents directs, substituts, concurrents génériques
1 Ricard 2 3 1. Marché principal : concurrents directs même produit, techniquement identique Pastis 51, les pastis de marque de distributeur 2. Marché indirect : substituts autre produit, même usage, même moment les autres apéritifs, le vin 3. Marché générique même besoin, autre solution, souvent autre circuit toute boisson de l'apéritif, avec ou sans alcool

D'un cercle à l'autre, on s'éloigne du produit, jamais du besoin.

Pour un constructeur automobile : les autres constructeurs, puis l'avion, le train et le taxi, enfin la visioconférence, qui supprime le déplacement.

Le cercle retenu fixe le périmètre de toute l'analyse : la taille du marché, votre part de marché et les rivaux que vous compterez chez Porter changent avec lui.

Trouver les substituts : que prendrait le client à la place ?
ProduitBesoin, dans sa situationCe que le client prend à la place
Eau en bouteilleboire de l'eau à la maisonl'eau du robinet, une carafe filtrante
Place de cinémavoir un film le samedi soirun film en streaming, chez soi

Deux questions : quel besoin le produit satisfait-il, dans quelle situation ?

Qu'est-ce que le client aurait pu acheter ou faire d'autre ?

Le rayon donne un premier indice : ce qui est vendu à côté est souvent ce qui est choisi à la place.

Un substitut se juge du côté du client : le service des eaux ne vend pas de bouteilles, il les concurrence pourtant.

L'eau du robinet coûte moins d'un demi-centime le litre, assainissement compris (4,89 € le mètre cube au 1er janvier 2025, selon l'Observatoire des services d'eau, juin 2026) : la bouteille doit donc vendre autre chose que de l'eau.

Un substitut moins cher ou plus simple plafonne votre prix : Porter en mesure la menace, au chapitre des cinq forces.

S'entraîner : Afflelou, Netflix, Marlboro

Délimitez en trois cercles le marché des lunettes Afflelou, celui de Netflix et celui des cigarettes Marlboro, avant de lire le corrigé.

Marque (besoin)1. Concurrents directs2. Substituts3. Marché générique
Afflelou (bien voir)les autres opticiens : Krys, Optic 2000, les opticiens en ligneles lentilles de contactla chirurgie réfractive, chez l'ophtalmologue
Netflix (regarder un film ou une série chez soi)les autres plateformes payantes : Disney+, Prime Video, Canal+la télévision et son replay, YouTubetout ce qui occupe une soirée à la maison : le jeu vidéo, les réseaux sociaux
Marlboro (la nicotine, la pause)les autres marques : Camel, Gauloisesle tabac à rouler, la vapoteuse, le tabac chaufféles patchs et gommes à la nicotine, vendus en pharmacie

Chaque ligne part du besoin noté entre parenthèses : changez de besoin, les cercles changent.

Netflix le dit lui-même : en janvier 2019, il écrivait à ses actionnaires être davantage en concurrence avec le jeu Fortnite, et perdre plus souvent contre lui, qu'avec la chaîne HBO (TechCrunch).

Philip Morris International, qui vend Marlboro hors des États-Unis, occupe lui-même le deuxième cercle avec le tabac chauffé IQOS : 42 % de son chiffre d'affaires venait de produits sans fumée au premier semestre 2026, selon sa page investisseurs.

Occuper le substitut avant un concurrent est une réponse à « comment gagner ? ».

L'environnement : un PESTEL qui retient le significatif
Six dimensions, et surtout pas tout lister
P Politique État, commerce E Économique prix, taux, revenus S Social âge, modes de vie T Technologique innovations E Environnemental climat, ressources L Légal lois en vigueur trier pèse-t-il sur votre décision ? 3 à 5 facteurs datés et sourcés O et M du SWOT traduits pour la décision

Le PESTEL passe en revue l'environnement que l'entreprise ne contrôle pas : politique, économique, social, technologique, environnemental, légal.

Le but n'est pas d'être exhaustif : on retient les trois à cinq facteurs qui pèsent sur la décision étudiée, pas sur l'économie en général.

Le défaut le plus fréquent : un PESTEL trop large, qui récite l'actualité sans lien avec la marque.

Le test pour trier : si ce facteur disparaissait, votre décision changerait-elle ?

Si non, rayez-le.

Politique : subventions, géopolitique, accords commerciaux
EntrepriseCe que change l'accord UE-Mercosur au 1er mai 2026
Un éleveur bovin françaisMenace : de la viande sud-américaine entre dans l'UE à droits réduits, dans la limite de quotas.
Un producteur européen de whiskyOpportunité : les droits de douane du Mercosur passent de 10 % à 0 %.

Le politique, c'est l'orientation des pouvoirs publics : subventions, fiscalité, ouverture ou fermeture commerciale, stabilité d'un pays.

On ne retient que les mesures qui changent vos coûts, votre demande ou votre accès à un marché.

L'accord entre l'Union européenne et le Mercosur, signé le 17 janvier 2026 et appliqué à titre provisoire depuis le 1er mai 2026, pèse en sens inverse selon l'entreprise.

Une tension géopolitique se classe en politique, son effet en économique : en 2026, le conflit au Moyen-Orient d'un côté, l'énergie chère de l'autre.

Économique : inflation, taux d'intérêt, pouvoir d'achat
6 % 4 % 2 % 0 % cible de la BCE : 2 % 5,2 % 4,9 % 2,0 % 0,9 % 3,1 % 2022 2023 2024 2025 sept. 2026 moyenne annuelle septembre 2026, sur un an
Hausse des prix à la consommation en France, en moyenne annuelle de 2022 à 2025, puis sur un an en septembre 2026 ; la cible de la BCE (2 %, zone euro) sert de repère — Source : INSEE, bilan 2025 (janvier 2026) et indice de septembre 2026 (15 octobre 2026)

L'économique, c'est ce qui fait varier le pouvoir d'achat de vos clients et vos propres coûts : inflation, taux d'intérêt, chômage, croissance.

Un indicateur ne compte que par son effet sur votre marché : en 2022-2023, l'inflation a poussé les ménages vers l'essentiel et fait reporter les loisirs et l'équipement de la maison.

Le facteur bouge, datez-le : après 0,9 % en 2025, les prix repartent à +3,1 % sur un an en septembre 2026, tirés par l'énergie (+21,3 %).

Les taux suivent : la BCE a relevé son taux de dépôt à 2,50 % le 16 septembre 2026, ce qui renchérit le crédit des ménages et l'investissement des entreprises.

L'INSEE prévoyait dès mars 2026 que les ménages réduiraient leurs dépenses arbitrables, hébergement-restauration et transport en tête : une menace pour ces secteurs.

Social : la population et les modes de vie
25 % 20 % 15 % moins de 20 ans (25,1 % en 2006) 65 ans ou plus (16,4 % en 2006) 22,5 % 22,2 % 2006 2016 2021 2026
Part des moins de 20 ans et des 65 ans ou plus dans la population, au 1er janvier, en France ; 2024 à 2026 provisoires — Source : INSEE, Bilan démographique 2025 (13 janvier 2026)

Le social, ce sont les évolutions de la population et des modes de vie qui déplacent la demande : âge, valeurs, habitudes alimentaires.

La question à se poser : quelle transformation des habitudes modifie mon marché, et de combien ?

Au 1er janvier 2026, 22,2 % des habitants ont 65 ans ou plus, et 2025 a compté plus de décès que de naissances, une première depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Pour une marque de puériculture, c'est une menace ; pour la santé ou l'adaptation du logement, une demande qui grandit.

Le piège : prendre une mode pour une tendance de fond ; « les jeunes mangent moins de viande » n'entre dans le PESTEL qu'avec un chiffre daté.

Technologique : l'IA générative, l'impression 3D

Le technologique retient les innovations qui changent la façon de produire, de distribuer ou d'utiliser un produit.

L'IA générative, vue en CM 1, en est l'exemple : en 2025, 18 % des entreprises françaises de 10 salariés ou plus utilisent au moins une technologie d'IA, 8 points de plus qu'en 2024 (INSEE, juillet 2026).

L'impression 3D touche la production : prototypes et pièces sur mesure fabriqués vite et en petite série, dans l'industrie comme en santé.

Le piège : écrire « le numérique » ou « Internet » ; une technologie n'entre dans le PESTEL que si vous pouvez dire ce qu'elle change pour votre décision, chez vous ou chez vos concurrents.

Environnemental : normes CO₂, plastique à usage unique

L'environnemental couvre le climat, les ressources naturelles, les catastrophes qui coupent une chaîne d'approvisionnement et la pression écologique sur un secteur.

Pour l'automobile, le facteur majeur est une norme : le règlement européen de 2023 impose aux voitures neuves une baisse de 100 % des émissions de CO₂ en 2035, soit la fin des ventes de voitures thermiques neuves.

La Commission a proposé le 16 décembre 2025 de ramener l'objectif à 90 % ; le Parlement européen doit se prononcer en séance le 23 novembre 2026 (date indicative).

Pour la grande distribution et la restauration rapide, c'est l'interdiction de plusieurs plastiques à usage unique qui oblige à repenser les emballages.

Une même contrainte peut se ranger en environnemental ou en légal : classez-la une seule fois, là où elle pèse sur votre décision.

Légal : la règle que l'entreprise doit respecter

Le légal, ce sont les règles qui interdisent ou imposent quelque chose à l'entreprise : ce qu'elle vend, sa publicité, la collecte de données, ses promotions.

Exemple au cœur du marketing : en grande surface, une promotion sur un produit alimentaire ne peut dépasser 34 % du prix, ni porter sur plus du quart des volumes prévus avec le fournisseur (loi Egalim, depuis 2019, prolongée jusqu'au 15 avril 2028 selon economie.gouv.fr).

Le piège : écrire « la réglementation » sans dire laquelle, ni ce qu'elle interdit.

Une règle ne se discute pas : elle ferme une option, comme le « 1 acheté, 1 offert » sur l'alimentaire, ou impose un coût, et c'est cela qu'on écrit.

Politique ou légal ? L'exemple des pailles
Politique : la direction annoncéeLégal : la règle qui s'applique
16 janvier 2018 : la Commission européenne adopte sa stratégie contre les déchets plastiques.1er janvier 2021 : les pailles en plastique à usage unique sont interdites en France (loi AGEC, article 77).
Janvier 2012 : la Commission propose de réformer la protection des données personnelles.25 mai 2018 : le RGPD s'applique et encadre la collecte des données de vos clients.

Le politique change les conditions du jeu : aides, impôts, droits de douane, relations entre États, direction annoncée.

Le test : ce facteur vous interdit-il ou vous oblige-t-il à quelque chose ?

Si oui, c'est du légal ; s'il change seulement vos coûts ou vos débouchés, c'est du politique.

L'accord UE–Mercosur est bien un texte, mais il baisse des droits de douane sans rien interdire : il reste politique.

Pour décider, la différence compte : le légal ferme ou conditionne une option, le politique en change l'intérêt.

Et alors ? Ce que le facteur change pour la décision
Un café près d'un campus (exemple fictif)
À éviterÀ écrire
« Économique : l'inflation. »« Les prix ont augmenté de 3,1 % sur un an en septembre 2026, l'énergie de 21,3 % (INSEE) : avant de signer le bail, le café chiffre sa facture d'énergie et prévoit une carte courte. »

Un PESTEL ne s'arrête pas à la liste : chaque facteur retenu se termine par ce qu'il change pour la décision étudiée.

Trois questions suffisent : qu'est-ce qui change, la demande, les coûts ou l'accès au marché ? de combien, et quand ? et alors, que fait-on ?

Dire si c'est une opportunité ou une menace viendra ensuite, dans le SWOT (chapitre « La synthèse »).

Sans « et alors », le facteur n'avait rien à faire dans votre PESTEL.

La pression concurrentielle : les 5 (+1) forces de Porter
Un secteur, pas une entreprise : les règles du jeu
Nouveaux entrants Peut-on entrer facilement ? Fournisseurs Peuvent-ils dicter leurs prix ? Clients Peuvent-ils négocier fort ? Rivalité entre concurrents installés Jusqu'où va la bataille ? Substituts Autre solution, même besoin ? +1 : l'État Taxes, normes, interdictions Plus les forces sont fortes, moins le secteur est rentable pour ceux qui y sont.

Le modèle de Michael Porter analyse un secteur, pas une entreprise : la vidéo à la demande, pas Netflix.

Il dit d'où vient la pression qui pèse sur tous les acteurs du secteur : chaque force forte rogne les prix, les volumes ou les marges de tous.

La question posée : ce secteur est-il attractif ou risqué, et pour qui ?

Le piège est d'y glisser les atouts de votre entreprise : ils relèvent de la chaîne de valeur et du VRIO, aux deux chapitres suivants.

Une intensité de 1 à 5, justifiée force par force
Vidéo à la demandeIntensité (1 à 5)Le fait qui la justifie
Rivalité4Un marché « arrivé à saturation », où la valeur vient des hausses de prix et de la publicité (CNC, décembre 2025).
Fournisseurs4Les studios gardent leurs titres : Disney a mis fin à son contrat avec Netflix et lancé Disney+, ouvert en France le 7 avril 2020.
Clients3L'abonné résilie en ligne en trois clics depuis le 1er juin 2023 (ministère de l'Économie), mais seul, il ne négocie rien.
Nouveaux entrants2Il faut un catalogue et des capitaux : le dernier entrant, Max (juin 2024), apporte celui de HBO.
Substituts4Des offres gratuites : YouTube, et france.tv, troisième service par l'offre après Netflix et Prime Video (CNC, décembre 2025).
État3Au moins 20 % du chiffre d'affaires réalisé en France à investir dans des œuvres européennes ou françaises (décret SMAD, 2021).

Pour chaque force, une note de 1 (faible) à 5 (très forte) et un fait daté qui la justifie.

Comparez ensuite les notes : la plus haute dit où se joue la rentabilité du secteur.

« Les clients ont du pouvoir » est un constat ; « clients 3 sur 5, parce que… » est une analyse.

Cette année, un Porter sans intensité justifiée n'est pas au niveau attendu.

Ici, la pression vient des fournisseurs, de la rivalité et des substituts : le secteur reste jouable pour qui possède déjà un catalogue, risqué pour qui devrait l'acheter.

La rivalité entre installés : la grande distribution
À éviterÀ écrire
« Rivalité forte : il y a beaucoup de concurrents. »« Rivalité 5 sur 5 : quatre groupes font 76 % du marché en 2025 (Wikipédia, d'après Linéaires, janvier 2026), vendent les mêmes marques nationales et se battent sur les prix. »

La rivalité est forte quand les concurrents sont de taille proche, que leurs produits se ressemblent et que le marché ne grandit plus.

Elle se voit : guerres de prix, promotions permanentes, publicité comparative.

Le nombre ne suffit pas : Coca-Cola et Pepsi ne sont que deux et se livrent une guerre de parts de marché depuis les années 1970.

Une rivalité forte écrase les marges de tous : on n'y gagne qu'avec des coûts plus bas que les autres ou une différence que le client accepte de payer.

Les fournisseurs : TSMC et la pénurie de puces
0 % 20 % 40 % 60 % 80 % TSMC 72,5 % Samsung 5,9 % SMIC 5,4 % UMC 3,9 % GlobalFoundries 3,2 %
Part du chiffre d'affaires des dix premiers fondeurs de puces, deuxième trimestre 2026 — Source : TrendForce, 9 septembre 2026

Un fournisseur a du pouvoir quand on ne peut pas se passer de lui : peu d'alternatives, ressource rare, changement coûteux.

TSMC, vue en CM 1, en est le cas d'école : pour graver leurs puces les plus avancées, ses clients n'ont guère d'autre choix.

Quand l'offre manque, le client attend : avec la crise sanitaire, la pénurie de composants de 2020-2023 a ramené le marché automobile français de 2021 au niveau de 1975.

Le piège est de noter les fournisseurs faibles parce qu'ils sont nombreux en général : ne comptez que ceux qui savent livrer ce dont le secteur a besoin.

Pour réduire ce pouvoir, l'entreprise multiplie ses sources, signe des contrats longs ou fabrique elle-même.

Les clients : la grande distribution face aux producteurs
Producteurs nombreux, de la PME à la multinationale AURA Intermarché, Auchan, Casino CONCORDIS Carrefour, U et l'allemand RTG E.Leclerc, Lidl… les autres grands acheteurs Consommateurs des millions, dispersés
Entre les producteurs et les consommateurs, une poignée d'acheteurs : les alliances à l'achat de la grande distribution en 2026 — Source : Autorité de la concurrence, 9 janvier 2026

Un client a du pouvoir quand il est gros, peu nombreux et qu'il peut changer de fournisseur sans frais.

Un fabricant de yaourts fait face à une poignée d'acheteurs : Intermarché, Auchan et Casino se sont alliés pour acheter ensemble en septembre 2024, Carrefour et U en juillet 2025.

Pour délimiter le marché, l'enseigne est un canal ; chez Porter, elle est l'acheteur direct du producteur, donc une force.

Le consommateur pèse peu seul, mais il compare les prix en un clic et change d'abonnement sans frais.

Face à des acheteurs concentrés, la marque gagne quand le consommateur la réclame en rayon : l'enseigne ne peut plus s'en passer.

Les nouveaux entrants et les barrières à l'entrée
BarrièreCe qui bloque l'entrantExemple
FinancièreLe capital à engager, les économies d'échelle des installésUne compagnie aérienne paie ses avions et ses créneaux avant son premier passager.
CommercialeLa notoriété, l'accès à la distributionObtenir une place en rayon face aux marques que le client connaît.
TechnologiqueLes brevets, le savoir-faire, les ressources raresGraver des puces de dernière génération.
RéglementaireLes autorisations, les normesOuvrir une banque exige un agrément, néobanques comprises.

Un nouvel entrant ajoute de l'offre et tire les prix vers le bas ; la menace est d'autant plus faible que les barrières à l'entrée sont hautes.

Elle grandit avec la rentabilité du secteur : un secteur qui gagne beaucoup attire.

Dans la vidéo à la demande, Disney+ en 2020 et Max en 2024 sont arrivés avec leur propre catalogue : la barrière arrête les nouveaux venus, pas les géants voisins.

Le piège : un entrant vend un produit semblable au vôtre ; s'il répond au même besoin autrement, c'est un substitut.

Des barrières hautes protègent ceux qui sont dedans : pour choisir où jouer, demandez-vous lesquelles vous pouvez franchir.

Les substituts : le streaming, la viande végétale
SubstitutCe qu'il apporteCe qui s'est passé
Le streaming musical, à la place du CDTout le catalogue, partout, pour un abonnement702 M€ sur 1 071 M€ de musique enregistrée en France en 2025 (SNEP, mars 2026).
La viande végétale, à la place de la viandeLe même usage, avec un avantage surtout environnementalBeyond Meat, ventes mondiales : 464,7 M$ en 2021, 275,5 M$ en 2025, soit 40 % de moins.

Un substitut répond au même besoin par une autre solution, venue d'un autre secteur : c'est le deuxième cercle vu au chapitre « Délimiter le marché ».

Il ne menace que s'il est plus simple ou moins cher, et que les clients l'adoptent.

Le streaming a gagné ; la viande végétale, pour l'instant, non.

Notez donc la menace sur des faits d'adoption (ventes, parts de marché, tendance), jamais sur la seule existence du substitut.

La sixième force : l'État, et les sacs plastiques
Ce que fait l'ÉtatExemple
Interdire, normerLes sacs de caisse à usage unique, interdits en France le 1er juillet 2016.
Taxer, subventionnerLe prix du tabac, tiré par les taxes.
AcheterL'armée, cliente des industriels de la défense.
PosséderEDF, détenue à 100 % par l'État depuis le 8 juin 2023.

Les pouvoirs publics fixent le cadre dans lequel jouent les cinq autres forces ; ils peuvent aussi être client ou acteur du secteur.

Une décision suffit à redessiner un secteur : avec l'interdiction des sacs de caisse, les fabricants de sacs fins ont perdu leur marché, ceux de sacs réutilisables en ont gagné un.

Le PESTEL repère la mesure, au chapitre précédent ; Porter demande qui, dans le secteur, gagne ou perd du pouvoir à cause d'elle.

Notez l'État fort quand une décision publique peut changer la rentabilité du secteur à court terme.

La chaîne de valeur
La chaîne de valeur : où l'entreprise crée de la valeur
Activités de soutien Infrastructure : direction, finance, contrôle qualité Ressources humaines : recruter, former, fidéliser Technologie : R&D, brevets, systèmes d'information Achats : choisir et négocier les fournisseurs Logistique interne Production Logistique externe Marketing et vente Service Marge Activités principales de l'approvisionnement au client
Quatre activités de soutien au-dessus, cinq activités principales en dessous, la marge au bout, d'après Porter (1985) — Source : Wikipédia, « Chaîne de valeur »

La chaîne de valeur de Michael Porter (1985) découpe l'entreprise en activités pour voir où elle crée de la valeur pour le client, et où elle en perd.

La marge est ce qui reste quand le client paie plus que ce que l'ensemble des activités a coûté.

On cherche le maillon où l'entreprise fait mieux ou moins cher que ses concurrents, et celui qui coûte sans rien apporter.

Les activités principales : du fournisseur au client

Les activités principales fabriquent l'offre et la portent jusqu'au client.

Porter en compte cinq : la logistique interne (recevoir, stocker), la production, la logistique externe (livrer), le marketing et la vente, le service après la vente.

Dans une boulangerie : réceptionner la farine, pétrir et cuire, préparer les commandes, soigner la vitrine et les prix, refaire un gâteau raté.

Les activités de soutien : ce qui rend le reste possible

Les activités de soutien ne touchent pas le produit, mais toute la chaîne en dépend.

Porter en compte quatre : les achats, la technologie (recherche, informatique), les ressources humaines, l'infrastructure (direction, finance, juridique).

Dans la même boulangerie : négocier avec le meunier, le logiciel de caisse, recruter et former les apprentis, tenir la comptabilité.

Le piège : les oublier, alors qu'un avantage s'y cache souvent, comme une équipe mieux formée que celle du voisin.

Amazon : un avantage logé dans deux maillons
MaillonCe qu'Amazon y faitCe que le client en retire
Logistique externeProduits stockés au plus près des clients, dépôts ruraux transformés en plateformesLivré le jour même ou le lendemain
TechnologieDes modèles d'IA prévoient quels produits stocker, où et quandLe produit est déjà près de chez lui quand il commande

En 2025, plus de 13 milliards d'articles sont arrivés chez les membres Prime le jour même ou le lendemain, dans le monde (communiqué d'Amazon du 3 février 2026).

Son seul réseau de livraison rural aux États-Unis représente un investissement de 4 milliards de dollars : un concurrent ne le copie pas en une saison.

Une force se loge dans une activité précise, pas dans « la marque » en général.

Remplir la chaîne avec ce que l'entreprise fait vraiment

Exemple fictif : une jeune marque française de chaussures de course vendue en ligne.

MaillonÀ éviter : l'intitulé recopiéÀ écrire : l'activité réelle et son verdict
Marketing et vente« Publicité »Vidéos tournées en interne avec un club de coureurs que la marque anime : crée de l'avantage
Production« Fabrication »Assemblage sous-traité au Portugal, comme les concurrents : neutre
Logistique externe« Livraison »Retours gratuits très utilisés, un seul entrepôt : coût qui ronge la marge

Dans chaque case, écrivez ce que l'entreprise fait concrètement, pas le nom de la case.

Pour chaque activité, deux questions : la fait-elle mieux que ses concurrents ? lui coûte-t-elle plus qu'elle ne rapporte ?

Une activité menée comme tout le monde n'est ni une force ni une faiblesse : elle n'ira pas dans le SWOT (chapitre « La synthèse »).

Le VRIO : un avantage qui dure ?
Le VRIO : tester une ressource en quatre questions
Valeur ? Rare ? Inimitable ? Organisée ? ouiouioui nonnonnonnon désavantageparitéavantage temporaireavantage inexploité Oui aux quatre questions : avantage concurrentiel durable

Le VRIO, issu des travaux de Jay Barney (1991), teste si une ressource ou une compétence donne un avantage qui dure, par quatre questions posées dans l'ordre.

On s'arrête au premier « non » : c'est lui qui donne le verdict.

Le piège : tester un mot vague comme « notre savoir-faire », au lieu d'une ressource précise qu'un concurrent pourrait vérifier.

Vous croiserez aussi le modèle VRIN, sa première version, où « non substituable » tient la place d'« organisation ».

On mise sur ce qui passe les quatre tests ; le reste, on le maintient au niveau des concurrents sans y surinvestir.

Valeur : la ressource aide-t-elle à gagner ?

Première question : la ressource permet-elle de saisir une opportunité ou de parer une menace, donc d'attirer des clients ou de baisser un coût ?

Le réseau logistique d'Amazon, vu au chapitre précédent, passe : il livre le jour même ou le lendemain, et c'est ce que paient les membres Prime.

Si la réponse est non, la ressource est un désavantage : elle coûte sans rien rapporter.

Rareté : peu de concurrents l'ont-ils ?

Une ressource utile que tous les concurrents possèdent ne distingue personne : c'est la parité.

Un site marchand ou un terminal de paiement sont indispensables, mais tout le monde en a un.

Le réseau d'Amazon passe : très peu d'acteurs savent livrer autant d'articles aussi vite.

Imitation : la copier coûterait-il des années ou une fortune ?

Une ressource rare mais facile à copier ne donne qu'un avantage temporaire : les concurrents rattrapent.

Ce qui freine l'imitation : un brevet, des années d'expérience, un investissement massif, une réputation.

Amazon passe encore : son seul réseau de livraison rural aux États-Unis représente 4 milliards de dollars d'investissement.

Tesla, au dernier titre de ce chapitre, montre l'inverse : une avance rattrapée.

Organisation : l'entreprise sait-elle s'en servir ?

Dernière question : l'entreprise a-t-elle les équipes, le budget et une personne qui décide, pour transformer la ressource en ventes ?

Si non, l'avantage reste inexploité : la ressource existe, mais ce sont d'autres qui en profitent.

Un ingénieur de Kodak invente l'appareil photo numérique en décembre 1975 ; l'entreprise, qui gagne alors son argent avec la pellicule, tarde à s'y engager, et se place en 2012 sous la protection de la loi américaine sur les faillites.

Le test : nommez qui exploite la ressource, et avec quel budget ; si personne, la réponse est non.

Amazon passe : sa logistique est un métier à part entière, avec ses propres équipes et des milliards investis ; quatre « oui », c'est un avantage durable.

Tesla et ses batteries : un avantage rattrapé
QuestionLecture classiqueEn 2026
ValeurOui : répond à la demande de véhicules propresOui
RaretéOui : peu savent produire des batteries à grande échelleNon : Tesla achète des cellules à CATL, LG et Panasonic
Difficile à imiterOui : expérience, brevets, avanceNon : BYD, fabricant de batteries à l'origine, vend plus de voitures électriques que Tesla
OrganisationOui : usines et logistique bâties autourOui
RésultatAvantage durableParité sur la batterie

La rareté ne tient plus : Tesla achète des cellules à trois fournisseurs, dont CATL, qui a fourni 39,2 % des batteries installées dans les véhicules électriques du monde en 2025 (SNE Research, cité par CnEVPost, février 2026).

L'imitation a eu lieu : BYD a vendu 2,26 millions de voitures 100 % électriques en 2025, contre 1,64 million livrées par Tesla (CnEVPost, janvier 2026).

Un VRIO se date : un avantage durable dure tant que les concurrents n'ont pas rattrapé.

Pour gagner, Tesla doit chercher ailleurs que dans la batterie un atout qui passe les quatre tests.

La synthèse : le SWOT
Interne ou externe, positif ou négatif
Positif Négatif Interne ce que l'entreprise contrôle Externe ce qu'elle ne contrôle pas Forces (S) ce qui la distingue de ses concurrents Faiblesses (W) ce qui la rend vulnérable face à eux Opportunités (O) ce qui peut l'aider si elle s'en saisit Menaces (T) ce qui peut la fragiliser si elle ne s'y prépare pas

Le SWOT range chaque fait selon deux questions : est-il interne ou externe à l'entreprise, joue-t-il pour ou contre elle ?

Forces et faiblesses sont internes : ressources, compétences, organisation, ce que l'entreprise contrôle.

Opportunités et menaces sont externes : marché, concurrents, réglementation, ce qu'elle ne contrôle pas mais à quoi elle peut se préparer.

Pour trancher, demandez-vous si l'entreprise peut changer ce fait par ses propres décisions : si oui, il est interne.

Le SWOT oblige à choisir : n'y entre que ce qui pèse sur la décision que vous préparez.

« Un site web n'est pas une force »
À éviterÀ écrire
« Force : nous avons un site web et un compte Instagram. »« Force : une communauté de clients qui commente et achète à chaque lancement. »
« Force : nous sommes innovants. »« Force : deux de nos produits primés au CES de Las Vegas en janvier 2026, quand aucun concurrent direct ne l'est. »

Une force est un atout interne qui distingue l'entreprise de ses concurrents.

Elle peut être tangible, comme une trésorerie qui permet d'investir en pleine crise, ou intangible, comme la notoriété de Coca-Cola.

Le test : si un concurrent peut écrire la même phrase, ce n'est pas une force.

Une faiblesse se juge de la même façon, face aux concurrents et non dans l'absolu.

Pour savoir si une force durera, passez-la au VRIO du chapitre précédent.

Un exemple par case : Nokia, Kodak, l'électrique, le RGPD
CaseExempleÀ retenir
ForceNokia en 2008 : premier fabricant mondial de téléphones mobiles, avec près de 39 % du marché.Une force ne protège pas d'une rupture : distancé par l'iPhone (2007), Nokia vend sa branche mobile à Microsoft en 2014.
FaiblesseKodak met au point la photo numérique dès 1975, mais son modèle reste bâti sur la pellicule ; dépôt de bilan le 19 janvier 2012.La faiblesse n'était pas technique : c'était un modèle économique jamais remis en cause.
OpportunitéLa voiture électrique : 19,9 % des voitures neuves immatriculées en France en 2025, contre 16,8 % en 2024.Une opportunité pour qui a l'offre, par exemple un modèle électrique abordable.
MenaceLe RGPD, appliqué depuis le 25 mai 2018 : jusqu'à 20 millions d'euros ou 4 % du chiffre d'affaires mondial d'amende.Une menace pour qui vit du ciblage publicitaire sans consentement solide.

Chaque ligne vaut pour une entreprise et une date : Nokia en 2008 et Nokia en 2013 n'ont pas le même SWOT.

Datez votre SWOT et rattachez-le à la décision qu'il prépare.

Les pièges : l'interne classé en externe, l'opportunité prise pour une menace
À éviterLe problèmeÀ écrire
« Menace : faible trafic sur nos plateformes en ligne »Les plateformes sont celles de l'entreprise : le fait est interne.« Faiblesse : faible trafic sur nos plateformes en ligne »
« Menace : les consommateurs demandent des produits plus responsables »Une demande qui grandit est une chance pour qui sait y répondre ; elle ne menace que celui qui ne peut pas suivre.« Opportunité : une demande de produits responsables que la marque peut servir avant ses concurrents »
« Réseaux sociaux : force et faiblesse »Rien n'est tranché, donc rien n'est utilisable.« Force : une forte audience Instagram chez les 18-25 ans » ; « Faiblesse : cette audience n'achète pas, faute de vente en ligne »

Interne ou externe : reprenez la question, l'entreprise peut-elle changer ce fait par ses propres décisions ?

Opportunité ou menace : demandez-vous si le fait peut vous donner un avantage en y répondant.

Un même thème peut figurer en force et en faiblesse, à condition de dire précisément ce qui est fort et ce qui est faible.

Le SWOT en entreprise en 2026 : quatre cases, deux ou trois idées
Le SWOT des manuelsLe SWOT en entreprise
FormatDeux pages, vingt points par caseUne diapositive, deux ou trois idées par case
MomentUne analyse en soiUn atelier, le lancement d'un projet, le pitch d'une start-up
ButTout recenserPartager une même vision avant de décider

En entreprise, le SWOT sert à mettre d'accord dirigeants, marketing, commerciaux et consultants sur la situation.

Les grands cabinets parlent plutôt de diagnostic stratégique, et combinent PESTEL, Porter et VRIO sans toujours nommer le SWOT.

La règle : deux ou trois idées par case, chacune rédigée pour qu'un lecteur pressé comprenne pourquoi elle compte.

Le SWOT rassemble les autres outils
les outils la synthèse la suite Chaîne de valeur VRIO BCG (portefeuille) PESTEL 5 (+1) forces de Porter Forces · Faiblesses interne Opportunités · Menaces externe Ansoff ouvrir des scénarios

Le SWOT n'est pas un outil de plus : c'est la page où les autres déposent leurs conclusions.

Le PESTEL et les forces de Porter alimentent les opportunités et les menaces ; la chaîne de valeur et le VRIO, les forces et les faiblesses.

La BCG, vue au chapitre suivant, touche les deux côtés : une vache à lait est une force, un poids mort une faiblesse.

Ansoff, lui, n'y entre pas : il part du SWOT pour ouvrir des scénarios.

Ouvrir des scénarios : Ansoff et BCG
Ansoff : quatre voies de croissance
Produits actuels Produits nouveaux Marchés actuels Marchés nouveaux Pénétration vendre plus, aux mêmes clients Coca-Cola : formats, campagnes risque faible Développement de produit du nouveau, pour les mêmes clients Apple : les AirPods (2016) risque modéré Développement de marché la même offre, à d'autres clients IKEA : l'Inde (2018) risque modéré Diversification du nouveau, pour d'autres clients Amazon : AWS, le cloud (2006) risque élevé : deux inconnues

La matrice d'Ansoff (1957) croise deux questions : vend-on un produit actuel ou nouveau, à un marché actuel ou nouveau ?

Un marché nouveau, ce sont des clients nouveaux : un autre pays, un autre segment.

Plus on s'éloigne de ce que l'entreprise connaît, plus le risque monte : en diversification, elle ne maîtrise ni le produit ni le client.

Une promotion ou un nouvel emballage ne font pas un développement de produit : le client achète la même chose, c'est de la pénétration.

BCG : vedettes, vaches à lait, dilemmes, poids morts
croissance du marché forte faible Vedette leader d'un marché qui croît investir pour rester en tête consomme autant qu'elle rapporte Dilemme petit, sur un marché qui croît trancher : investir ou sortir consomme du cash Vache à lait leader d'un marché mûr exploiter, investir peu dégage du cash Poids mort petit, sur un marché mûr sortir, sauf s'il sert ailleurs rapporte peu forte (leader) faible (suiveur) part de marché relative

La matrice du Boston Consulting Group, conçue par Bruce Henderson vers 1970, place chaque activité d'un portefeuille selon la croissance de son marché et sa part de marché relative.

Part de marché relative : votre part divisée par celle du leader, ou par celle du deuxième si vous êtes leader ; au-dessus de 1, vous êtes leader.

Elle sert à répartir l'argent : les vaches à lait financent les vedettes et les dilemmes qu'on choisit de soutenir.

Nestlé a ainsi cédé en 2018 sa confiserie américaine à Ferrero (2,8 milliards de dollars, environ 3 % de ses ventes aux États-Unis) pour investir dans le café, l'eau et l'alimentation animale.

Le piège : la part de marché ne fait pas la rentabilité, et la matrice ignore les synergies, si bien qu'un poids mort peut rester rentable ou utile à une autre activité.

Elle ne sert que s'il y a un portefeuille à arbitrer : pour une marque d'un seul produit, elle ne dit presque rien.

Apple dans la BCG : iPhone, iPad, Mac, iPod
ProduitHierAujourd'huiPourquoi (chiffres 2025)
iPhoneVedette (lancé en 2007)Vache à laitPremier mondial (19,7 %) d'un marché à +1,9 % ; 209,6 milliards de dollars, la moitié des ventes d'Apple
iPadVedette : 83 % des tablettes en 2010Vache à laitPremier (41,9 % au 4e trimestre) d'un marché à +5 %
MacVache à laitVache à laitMarché mûr ; ses puces M, conçues par Apple depuis 2020, lui donnent un avantage que sa part de tous les PC (9,2 %, quatrième derrière Lenovo à 27,2 %) ne montre pas
iPodVedette (années 2000)Poids mort, puis arrêtéAbsorbé par l'iPhone, retiré en mai 2022

Les cases bougent avec le marché : l'iPhone est passé de vedette à vache à lait parce que le smartphone a cessé de croître, pas parce qu'il a reculé.

Le leader d'un marché naissant est une vedette, pas un dilemme : le dilemme, c'est le petit acteur d'un marché qui croît.

Le Mac n'est pas un dilemme : un dilemme est un petit acteur d'un marché en forte croissance, qui doit choisir entre investir massivement ou abandonner ; le Mac vit sur un marché mûr, et Apple ne se pose pas cette question.

Sa part de tous les PC (9,2 %) le fait paraître petit, parce qu'elle compte les ordinateurs à tous les prix, alors que le Mac se vend surtout dans le haut de gamme, où ses puces M lui donnent un avantage : c'est la limite de l'outil, la case dépend du marché que vous délimitez.

Chiffres : rapport annuel 10-K d'Apple (exercice clos le 27 septembre 2025), IDC pour les smartphones (janvier 2026) et les tablettes (février 2026), Gartner pour les PC (janvier 2026).

Des chiffres qui tiennent
Taille, croissance, part de marché : comparer ce qui est comparable
Produits alimentaires achetés par les ménages, France, 2023, sur un an Quantités (volume) −3,1 % Prix +12,2 % Dépense (valeur) ≈ +8,7 % valeur = volume × prix : 0,969 × 1,122 ≈ 1,087
Le même marché recule en volume et grossit en valeur — Source : INSEE, « La consommation des ménages en 2023 », juillet 2024 ; valeur calculée par le cours

Trois chiffres décrivent un marché : sa taille (ce qu'il pèse), sa croissance (son évolution d'une année sur l'autre) et la part de marché de chaque entreprise (ses ventes divisées par celles du marché).

Ils ne se comparent que s'ils sont mesurés de la même façon : même unité, même périmètre, même année.

L'unité : en volume (unités, litres, clients) ou en valeur (euros) ; le schéma montre un marché qui recule en volume et grossit en valeur.

Le périmètre : celui de vos trois cercles ; la part du Mac n'est pas la même sur tous les ordinateurs et sur le haut de gamme (chapitre précédent).

Avant de comparer deux chiffres, vérifiez qu'ils parlent de la même chose.

Un gros marché n'est pas un marché attractif
Transport aérien mondial, prévision 2026, en milliards de dollars Recettes 1 165 Bénéfice net 23, soit 2,0 % des recettes
Un marché géant, une marge minuscule ; en 2025, avant la flambée du kérosène, elle était de 4,2 % — Source : IATA, prévisions du 7 juin 2026

La taille dit combien les clients dépensent ; l'attractivité dit ce qu'une entreprise peut en garder.

En 2026, les compagnies aériennes devraient gagner 4,50 dollars nets par passager, sur un marché de plus de 1 000 milliards de dollars.

Un marché géant et disputé peut rapporter moins qu'une niche délaissée : peu de rivaux, des clients prêts à payer pour être bien servis.

L'attractivité se juge avec les cinq forces de Porter, pas avec la taille.

Pour décider où jouer, n'écrivez pas « marché énorme, donc attractif », mais « marché grand et disputé : attractif pour nous à condition que… ».

Un chiffre, une source, une date
Bonne source : elle produit le chiffreÀ ne pas citer : elle recopie ou invente
La statistique publique : l'INSEE, Eurostat« Source : Internet », « selon une étude »
Les comptes déposés par l'entreprise : l'Annuaire des Entreprises ; son rapport annuelStatista, tant qu'on n'est pas remonté à l'organisme qu'il cite
Un article de presse daté, qui nomme sa sourceLe blog d'une agence qui « estime » un marché
Le lien qu'une IA vous a indiqué, ouvert et vérifié« Source : ChatGPT »

Pour chaque information, j'attends un chiffre, sa source et sa date : « les prix ont augmenté de 3,1 % sur un an en septembre 2026 (INSEE, 15 octobre 2026) ».

La source se donne en lien hypertexte, sur les mots qui l'appellent, comme sur ce site : le lecteur clique et retrouve le chiffre.

Une source vaut ce que vaut celui qui produit le chiffre, et la date compte autant que le chiffre : un chiffre de 2019 ne décrit pas le marché de 2026.

Avec une IA, les mêmes règles valent (CM 1 : l'IA rédige, vous vérifiez) : demandez-lui où chercher, ouvrez le lien qu'elle donne et retrouvez-y le chiffre ; s'il n'y est pas, il n'existe pas.

Une IA n'est jamais une source : on cite l'organisme qui a produit le chiffre.

En autonomie
Auditez l'entreprise de votre choix

Choisissez une entreprise, celle que vous voulez, et faites son audit avec les outils de la séance : son marché en trois cercles, les facteurs PESTEL qui comptent pour elle, les forces de Porter de son secteur, son avantage (chaîne de valeur, VRIO), le tout rassemblé dans un SWOT.

Terminez par votre réponse aux deux questions de la séance : où doit-elle jouer, et comment peut-elle gagner ?

Rien à rendre : venez m'en parler.

← CM 2 · Décider en marketing